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Que ce soit à Wall Street, en Europe ou en Asie, les marchés financiers ont traversé une semaine pour le moins tourmentée. Signe de la fébrilité qui s'empare des investisseurs internationaux, l'indice de « la peur », le Vix, qui mesure la volatilité, a bondi de 10 points depuis le 3 octobre pour s'inscrire à 23,08%, au plus haut depuis début avril. Le marché parisien aussi a été chahuté. A trois mois de la fin de l'année boursière, son indice phare le CAC 40 a cédé 3%. Et pour cause, la liste des risques commence à être longue.

 

Dans son dernier bulletin, le Fonds Monétaire International a pointé la montée des risques qui pèsent sur la stabilité financière mondiale: escalade des tensions commerciales, risque de ralentissement de la croissance mondiale, ... non seulement « il y a des nuages à l'horizon », s'inquiète le chef économiste du FMI, mais « la probabilité augmente de voir se produire d'autres chocs négatifs » ajoute l'institution. Après l'OCDE le mois dernier, les perspectives de croissance du FMI sont par conséquent revues à la baisse à 3,7 % pour 2018 et l'an prochain, alors qu'il tablait sur une croissance de 3,9% au printemps.

 

La crainte d'une escalade dans le bras de fer USA /Chine


Derrière les prévisions économiques, le spectre d'une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis reste en toile de fond et alimente régulièrement les inquiétudes des investisseurs, qui craignent notamment que les mesures protectionnistes prises par l'administration Trump ne viennent peser sur l'économie de l'Empire du Milieu.  Car pour l'heure les négociations sont au point mort, le président américain ayant douché récemment sur twitter les espoirs de parvenir à un accord commercial à court terme avec Pekin.


Dans ce contexte international agité, il semblerait qu'on puisse toujours compter sur la détermination de Donald Trump à imprimer sa marque à l'échelle internationale, et ce d'autant plus à quelques semaines des élections de mi-mandat, où le congrès risque de basculer dans le camp démocrate. Mais pour Bastien Drut, stratégiste chez CPR AM, « l'objectif de Donald Trump reste d'obtenir un nouvel accord commercial avec la Chine et pour nouer un accord commercial, le président américain aura besoin du Congrès. Il est donc probable qu'on assiste à des négociations commerciales moins chaotiques après les midterms ».

 

Une erreur de politique monétaire


En pleine campagne pour les élections de mi-mandat, Trump imprime sa marque aussi à domicile, allant même jusqu'à accuser la Fed, la banque centrale américaine- institution pourtant indépendante- d'être littéralement « tombée sur la tête ». Engagée dans son processus de resserrement monétaire, le président agite le chiffon rouge d'une remontée trop brutale des taux qui précipiterait l'économie vers la fin de cycle. Un discours qui porte au moment où le Fonds Monétaire International fait part de son inquiétude sur le risque d'un ralentissement économique planétaire et la stabilité financière. Car de fait, une erreur de « timing » de la Fed pourrait couter cher, non seulement à l'économie américaine, mais aussi aux pays émergents dont la dette est libellée en dollars, ce qui ne manquerait pas de déstabiliser la planète finance.
 

La peur d'un emballement des taux

 

Pourtant les chiffres économiques sont là et rendent la hausse des taux inéluctable aux Etats-Unis. Le taux de chômage est au plus bas depuis 1969, la croissance économique caracole à 3%, et l'inflation reste maitrisée, autour de 2%.  Sur le papier, le processus de hausse des fed funds semble donc justifié, à condition que la Fed maitrise parfaitement sa communication en ne prenant pas les marchés de court. Pour les marchés obligataires ce n'est pas tant la tendance de fonds qui inquiète mais la vitesse à laquelle les rendements des obligations américaines augmentent. Or depuis une semaine, le rythme de la hausse des Treasuries à 2 et 10 ans s'est accéléré, avec un T-Notes à 10 ans qui a atteint mardi un pic, à 3,261%, au plus haut depuis mai 2011, avant de retomber autour du seuil des 3,2%. Le taux des titres à deux ans quant à lui s'est dangereusement rapproché cette semaine du seuil symbolique des 3%, avant de revenir 2,84%.

 

L'Italie : bombe à retardement ?

 

En Europe, où la BCE n'a pas encore franchi le pas d'une hausse de son taux directeur, c'est en Italie, la troisième puissance économique de la zone euro, que la hausse des taux est surveillée comme du lait sur le feu. En milieu de semaine, le spread, c'est-à-dire l'écart des taux entre le 10 ans italien et le 10 ans allemand atteignait 315 points, son niveau le plus élevé depuis avril 2013. Autre signe que la perception du risque a changé depuis l'arrivée du gouvernement italien, Rome doit payer plus de 1.5% de taux d'intérêt pour s'endetter à 2 ans sur les marchés alors qu'elle pouvait emprunter à des taux négatifs sur cette maturité il y a quelques mois. 

Engagé dans un bras de fer avec Bruxelles, le ministre de l'économie, Giovanni Tria paye les conséquences de sa volonté de mettre en œuvre son programme de relance, qui va faire gonfler le déficit à 2,4% cette année, en nette hausse par rapport à la prévision de 0,8% de déficit annoncé par le précédent exécutif de centre-gauche. Dans ce contexte, le verdict des agences de notation sur la note de dette italienne sera particulièrement scruté par les marchés. Moody's et S & P doivent en effet rendre leur décision à la fin du mois emboitant le pas à l'agence Fitch, qui a déjà jugé que le projet de budget entraînera « des risques accrus » pour les finances publiques transalpines. Mais au-delà du verdict des agences et de la question de la soutenabilité de la dette italienne, il ne faudrait pas que les marchés se replongent dans les mauvais souvenirs de la crise souveraine de 2011... car cette fois-ci, cela pourrait être le coup de grâce pour la zone euro.

 

 

Source : Boursorama